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L’orthopédie dento-faciale du « mieux-être »

Éditorial du professeur Julien Philippe, président d’honneur des 10èmes Journées de l’Orthodontie.


Le livre d’E.Angle commence par cette phrase : « l’orthodontie est la science qui a pour objet la correction de la malocclusion des dents. » Nous ne pouvons plus garder, pour l’O.D.F. du troisième millénaire une conception exprimée il y a un siècle.
Tout en intégrant la science de l’occlusion, chère à Angle, l’O.D.F. d’aujourd’hui doit être plus personnalisée, plus holistique, et plus axée sur les conséquences de la dysmorphie, surtout, elle doit, après avoir effacé la malocclusion, apporter au patient une image de lui-même qui le valorisera à ses propres yeux et le rendra plus heureux.

Une ODF personnalisée et holistique

Nous avons cru qu’il y avait une malocclusion appelée « classe II, div.1 ». Aujourd’hui nous savons qu’il y a 2.461 genres de malocclusion de classe II, div.1, et peut-être plus. Il y en a exactement autant que nous en avons traité.
Parce que il n’y a rien de commun entre les problèmes de ce costaud qui attaque les compétitions incisives au vent, ceux de ce petit garçon qui ne survit que la bouche ouverte, ceux de cette fillette minaudante qui dispose ses dents nacrées comme une parure,et ceux de cette femme délaissée qui ne se voit pas d’autre défaut que la déviation des incisives. Il n’y a rien de commun non plus entre le traitement d’une inconnue et celui de notre propre fille, soignée le dimanche. Il n’y a rien de commun parce que nous ne traitons pas des malocclusions, mais des êtres vivants, et vivants chacun à sa façon et avec sa sensibilité propre.
L’orthodontie ne peut être personnalisée que si elle prend en compte la totalité de l’individu. C’est-à-dire son hérédité, ses équilibres hormonaux, son tonus, son mode de ventilation, ses tics, son type de croissance, son état de santé, son origine sociale, son environnement, son esprit de discipline, son éducation, son sens esthétique, etc. Le patient est une mosaïque, pas une malocclusion.

Nuisance et préjudice

Jusqu’à présent l’O.D.F. était axée sur la dysmorphie, son diagnostic, sa mesure, et sa correction. Pourtant une anomalie n’est pas importante par elle-même, mais par ses conséquences sur l’individu. Une anomalie, ou même une simple variation de forme n’est à corriger que si elle entraîne une nuisance ou un préjudice. Une anomalie morphologique sans conséquences, comme le présence de tubercules de Carabelli sur les dents, ou de tauri maxillaires ou mandibulaires, peut fort bien subsister. Il est même admis qu’un traitement « crée » une anomalie (diminution du nombre de dents, par exemple) s’il corrige une situation inesthétique ou dysfonctionnelle. C’est dire que la considération « esthétique » ou « fonctionnelle » est plus importante que la considération « anomalie ». Ce n’est pas l’importance de variation d’une forme qui décide du traitement, c’est l’importance de la nuisance que cette variation engendre.
L’O.D.F. est donc concernée par les variations morphologiques ou fonctionnelles, non en raison de leur importance, mais en fonction des conséquences que peuvent provoquer des variations, mêmes minimes, sur la santé, la beauté ou le déroulement des fonctions.
C’est pourquoi l’O.D.F. doit être moins axée sur ces variations et leur mesure que sur l’appréciation des perturbations que peuvent apporter ces dysmorphies, perturbations qui touchent tout l’individu.

Le mieux-être

Personne ne veut être « moyen ». Donner au patient des mesures moyennes n’est plus le but recherché, il faut lui apporter l’optimum envisageable pour lui.
L’O.D.F. doit proposer au patient la meilleure denture possible, la meilleure occlusion possible, la meilleure face possible, les meilleures fonctions possibles, le plus de bien-être possible. Pour la denture, il faut améliorer la position mais aussi la forme des dents, en particulier des incisives. Pour l’occlusion, il faut mieux appliquer les règles de l’occlusodontie, insuffisamment enseignées.
La meilleure face possible ce n’est pas celle qui correspond aux canons de l’esthétique, mais celle qui exprime la santé et qui donne au visage une ouverture, un pouvoir d’attraction qui facilitera les relations sociales de l’individu au cours de la vie.
Et comme chacun sait, il n’est pas de bonne denture, de bonne occlusion , de face attirante, sans de bonnes fonctions.
Il est important que ces améliorations soient apportées avant la puberté, parce que une bonne image de soi influence la formation de la personnalité et contribue, d’une façon décisive, au bonheur de l’individu.

Faire d’un jeune, mécontent de lui, incertain de son image, un être heureux, et satisfait, voila le but ultime de l’orthodontie. Il n’est pas de « petit » traitement, car l’acte, même minime, du praticien sera multiplié par la sensibilité que chacun porte à son visage. Il ne faut pas se limiter à la « mal-occlusion » parce que enlever le mal, c’est bien, mais apporter le bien, c’est mieux et parce que le tout est plus important que la partie. N’en déplaise à Angle, il ne faut pas borner aux rapports d’occlusion la discipline « qui assure la santé, embellit l’apparence et améliore les fonctions des éléments constitutifs de la face ».

Derrière une malocclusion,
sachons voir une vie qui veut conquérir
« Et mord les fleurs rouges de ses dents blanches ».
Julien PHILIPPE

Président d’honneur des 10 Ã¨mes Journées de l’Orthodontie.

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